Tout le monde est à peu près d’accord pour dire que les actions de la zone euro paraissent actuellement à prix sacrifiés. C’est notamment le cas du marché belge (indices ING): le rapport cours-bénéfices 2008 du marché est actuellement à 9.98, ce qui met la prime de risque aux alentours de 5.7, et le rapport entre le rendement des OLO’s et celui des dividendes estimés est à 0.95.

Serait-ce le moment d’acheter?

On ne vous le dit jamais, mais c’est une question très personnelle, en fait. Il n’y a pas de réponse applicable à toutes les situations individuelles. Il n’y a jamais de réponse applicable à toutes les situations individuelles, et les recommandations ou conseils génériques formulés par les « conseilleurs » me laissent toujours intensément perplexe.

Voyons donc les choses sous un angle différent. Demandons nous à qui un achat du marché aux conditions actuelles pourrait être éventuellement profitable.

Je vois surtout le cas de celui qui, pour l’une ou l’autre raison, serait actuellement sous-exposé en actions. Par exemple l’épargnant qui, au sommet de juin-juillet 2007, était investi, disons pour € 100.000, en trackers pour simplifier, à 60% en actions du Bel20 par le biais du tracker coté à Bruxelles (BEL) et à 40% en obligations (Paris – MTX). Son portefeuille était composé comme suit:

ETF Nb Cours
Valeur
% Pf
Bel 20 Master Unit 1.176 51,00 59.976,00 59,97
Lyxor Eurobond MTX 362 110,58 40.029,96 40,03
      100.005,96 100,00

-

Aux cours de vendredi dernier, la situation s’est modifiée de manière plus ou moins significative:

ETF Nb Cours Valeur % Pf
BEL 20 Master Unit 1.176 41.09 48.321,84 53,22
Lyxor Eurobond MTX 362 117.34 42.477,08 46,78
      90.798.92 100,00

-

Les obligations ont parfaitement joué leur rôle d’amortisseur en compensant partiellement la moins-value latente sur les actions. Mais le profil du portefeuille a changé, il est devenu plus « défensif », avec 53% d’actions au lieu de 60, et ne profitera que dans une moindre mesure d’un retour en grâce de celles-ci. Le rééquilibrer dans sa proportion originelle 60/40 conduirait à se défaire de 53 ETF MTX pour acquérir 149 ETF Bel 20.

C’est entièrement justifié en son principe… sauf si la chute continue, auquel cas il serait plus profitable d’encore attendre. J’y reviens dans un instant.

Mais avant, j’envisage un autre cas, à l’autre extrême, celui du trader qui cherche à profiter, à plus court terme, des fluctuations du marché. Les fondamentaux lui disent qu’il n’est pas cher. Mais ça n’empêche qu’il puisse encore baisser. En 2000, on a connu l’exubérance irrationnelle. Le pessimisme excessif, ça existe aussi…

Dès lors que dit le marché?

Qu’un plancher a peut-être été formé le 23 janvier (mon anniversaire!) à 38,50 sur l’ETF Bel 20… mais que ce n’est pas sûr. Voyons ça en images, sur le graphique hedomadaire du Bel 20 depuis le début de l’année (chandeliers japonais):

bel20.GIF

Ce graphique montre bien que dans les trois premières semaines de janvier, le Bel 20 poursuit son repli depuis les sommets de juin – juillet 2007. La troisième « bougie » revêt cependant une signification particulière. Elle est ce qu’on appelle « un doji à longues jambes »: on a ouvert la semaine à 3.657 points, puis l’indice a fluctué dans un range étendu, entre 3.330 et 3.770 pour terminer, en clôture le vendredi, pratiquement au niveau du premier cours du lundi.

C’est le signe d’une hésitation et, à une des extrémités d’un mouvement d’une ampleur suffisante, le signe d’un possible retournement de tendance. Surtout que la semaine suivante, on se trouve en présence d’un « avalement haussier »: une bougie blanche montrant une ouverture sous la clôture du vendredi précédent et une dernière cotation, le vendredi, au dessus du « corps » de la bougie précédente. Malheureusement, en cinquième semaine, le renouveau n’est pas confirmé: la bougie est à nouveau noire, sans toutefois revenir au creux précédent.

Les sept semaines qui suivent, jusqu’à vendredi dernier, le marché hésite, fluctue dans des marges étroites, sans choisir entre le nord (la hausse) et le sud (la baisse). Mais nous avons désormais des repères.

Selon son tempérament, le trader tentera donc sa chance ou attendra pour ce faire un éventuel franchissement de la ligne verte, non sans placer un ordre « stop » quelque part entre les deux lignes rouges.

Mais vous, qui n’êtes pas un trader et vous demandez s’il est de revenir sur le marché pour équilibrer votre portefeuille?

Vous ferez ce que vous voudrez, en fonction de votre feeling. Personnellement, je serais tenté:

  1. de vendre les 53 trackers MTX (obligations) qui ramèneront la part de cette classe d’actifs dans mon portefeuille à 40%;
  2. de consacrer la moitié du produit de cette vente à acheter 75 trackers Bel 20 (actions);
  3. et de conserver provisoirement le solde en liquidités, soit pour compléter mon achat d’actions si les cours repassent au-dessus de la ligne verte, soit pour acquérir quelques options put sur le Bel 20 en vue de me prémunir d’une reprise du mouvement de baisse, par exemple en cas de clôture sous la première ligne rouge (3.500).

Qu’il soit bien clair que ceci n’est pas une recommandation, ni même une suggestion. C’est ce que moi je ferais peut-être, si j’étais dans cette situation là, précisément. C’est aussi une façon de montrer que la distinction que l’on opère souvent entre les gentils « investisseurs de long terme » et les méchants « spéculateurs court-termistes » peut être un peu vaine et déplacée. Quand le marché nous offre des instruments pour diminuer les risques, pourquoi ne pas les utiliser?

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