NYSE Euronext Bruxelles annonce le lancement d’un nouveau marché non réglementé: Easynext permettant la cotation de warrants sur indices et sur actions, ainsi que de certificats. 300 titres seront cotés dès jeudi, sans qu’on sache très bien quels sont ceux qui seront accessibles aux investisseurs particuliers. Les émetteurs auront en effet la faculté d’introduire des titres sans prospectus, ce qui aura pour effet de les réserver aux investisseurs institutionnels.

Intéressant? A voir. De tels produits sont en effet largement disponibles à Amsterdam et à Paris, en ce qui concerne les plus « internationaux » des titres en tout cas. Les amateurs de dérivés sur le Bel 20 et sur actions belges trouveront probablement plus facilement leur bonheur à Bruxelles. Encore faut-il aimer les warrants…

A tout prendre en effet, je préfère personnellement les options, qui ont l’avantage de pouvoir faire l’objet d’une vente opening (si votre société de bourse vous y autorise): en pareil cas, c’est vous qui « émettez » les titres… et encaissez la prime au lieu d’avoir à la débourser et à regarder s’évaporer la « valeur temps ».

Pour bien comprendre le fonctionnement des options et warrants, il faut savoir en effet que le prix de ceux-ci (la « prime ») est composée de deux éléments: la valeur intrinsèque et la valeur temps. Je m’explique, pour ceux qui ne sont pas trop familiers de la chose.

Une option ou un warrant sont des « contrats » qui permettent d’acheter ou de vendre un actif financier à un prix fixé à l’avance, à une date convenue (warrants et options de type « européen ») ou jusqu’à celle-ci (options de type « américain »).

Prenez par exemple INBEV qui, à la clôture de mardi soir, cotait € 47. En achetant une option call vous pouvez acquérir le droit d’acheter le titre à € 44 ou à € 52 (ce sont des exemples) jusqu’au 20 mars 2009. Vous avez différentes raisons de procéder de la sorte, de la plus spéculative (vous estimez que le cours de l’action va monter et souhaitez bénéficier de la hausse sans acheter le titre) à la plus conservatrice (vous voulez vendre vos titres pour mobiliser du cash sans vous priver du bénéfice de sa hausse).

  • Pour un call mars 09 à 44, on vous demandait mardi soir € 8,85. La valeur intrinsèque de l’option est la différence (positive) entre la valeur du titre (47) et son prix d’exercice ou strike (44). Soit € 3. Le droit d’acheter € 44 une action qui cote 47 vaut en effet, à tout moment, € 3 au moins, c’est facile à comprendre. Les € 5,85 qui restent sont la valeur temps, c’est-à-dire la compensation « pure » de ce droit que vous consent l’émetteur de l’option;
  • Pour le call mars 09, strike 52, le prix demandé était fixé à € 4,92. Il n’y a ici aucune valeur intrinsèque, puisque le prix d’exercice (celui auquel vous pouvez l’acheter) est supérieur au cours du titre.

Le handicap, pour l’acheteur d’options ou de warrants, c’est le temps. La « valeur temps » diminue en effet à mesure que le temps passe. Illustration avec les prix demandés pour des options call de prix d’exercice identique (44 et 52) mais avec des échances plus rapprochées (15/8/2008):

  • call 44: € 5,57, soit toujours € 3 de valeur intrinsèque (47 – 44), mais une valeur temps ramenée à € 2,57 (5,57 – 3) ou lieu de 5,85;
  • call 52: € 1,86, consistant entièrement en valeur temps qui, dans l’exemple précédent, était encore de 4,92 (-62%).

La situation s’inverse évidemment si, au lieu d’acheter les options, vous les émettez. Dans ce cas, vous recevez la prime au lieu de la payer et le temps qui passe devient ainsi votre ami… Cette stratégie d’émission d’options « couvertes » est bien connue des amateurs de rendement. Si vous avez 100 actions Inbev en portefeuille, vous pouvez émettre un contrat call 48 à échéance au 20 juin. Sa fair value était affichée hier soir à € 71 que vous pouvez encaisser sans risque, si ce n’est celui de voir le cours de l’action dépasser le strike et vous contraindre, soit à racheter le contrat à un prix supérieur à celui pour lequel vous l’avez émis, soit à vous séparer des titres à un prix inférieur à leur cours, annihilant ainsi le bénéfice de la hausse.

Pour éviter, en tant qu’acheteur de produits dérivés, les inconvénients liés à l’écoulement du temps, il y a les marchés de futures, qui vous procurent également un effet de levier (bénéficier de la hausse ou de la baisse d’un actif en n’engageant, au départ, qu’une partie de son prix). C’est plus difficile à manoeuvrer pour un particulier (et plus dangereux pour les distraits…) mais là aussi, l’imagination des banquiers a permis de trouver un équivalent: les turbos, cotés à Amsterdam. Je vous en parlerai dans un prochain article.

Et je conclus sur le léger scepticisme dont je faisais état au début de ce billet à propos de l’initiative de NYSE Euronext Bruxelles (et de la Commerzbank, premier émetteur qui animera le marché): à l’heure des transactions électroniques, fallait-il vraiment un segment spécialisé à Bruxelles? Pour les valeurs belges, indices et actions? Peut-être. Mais le contingent des titres cotés à Bruxelles susceptibles de couvrir des warrants est quand même limité: il ne s’imagine pas d’en émettre sur d’autres valeurs que les plus liquides de la cote, celles qui font quotidiennement l’objet d’un volume suffisant de transactions. Bonne chance quand même…

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