Les sociétés cotées sur les marchés non réglementés, par nature, sont des véhicules d’investissement plus risqués que la moyenne. La possibilité d’y profiter d’une vraie success story – comme Air Energy (Alternext Bruxelles – AIR), qui aura permis à ses actionnaires de réaliser, en un an, une plus-value de 75 à 175% – n’est pas gratuite: elle se paie du risque d’une sortie de route avec sinistre total, comme on en a déjà connu une avec ZNJ. Il y en aura d’autres, tôt ou tard. C’est inévitable.

Si l’on ne veut pas que dans une mauvaise passe, un accident (ou une petite série noire) ne jette une ombre meurtrière sur ces marchés et ne détruise durablement la confiance des investisseurs, il est indispensable que les sociétés cotées comprennent que l’absence de réglementation, sur l’information de leurs actionnaires notamment, ne constitue en aucune manière une invitation à ne pas communiquer.

C’est même, à mon avis, une incitation à communiquer autrement, mieux. A sortir des conventions et de la routine pour apporter aux investisseurs les informations dont ils ont vraiment besoin pour fixer leur attitude à propos d’un titre: acheter, conserver, vendre, rester à l’écart… Ce sera l’objet de cette rubrique.

Courrier des lecteurs, ce matin, dans De Tijd: « m’n skivakantie van morgen is met de 1000 aandelen die ik aan 20.80 kocht betaald, joepie !!! »

On est content pour lui, non? Les actions que le bonhomme avait achetées à 20,80 sont celles d’Air Energy (Alternext – AIR), la société wavrienne spécialisée dans l’énergie éolienne, dont je vous parlais ici même il y a peu.

On a appris ce matin, dans le journal, qu’une société hollandaise venait d’acquérir 70% des parts de la société, celles qui étaient entre les mains des fondateurs. Le communiqué peut être téléchargé ici, mais son intérêt est surtout historique: le cours est réservé à la hausse, à 37,25.
Prix d’acquisition: 39 euro. En cash. Une OPA suit, bien sûr. Si vous en avez en portefeuille, vous pouvez vous aussi vous préparer pour le ski, dans une station first class: introduite à € 14,2 il y a juste un an, Air Energy a connu son sommet historique à 22,25, jeudi (4.129 titres échangés). Votre plus-value se situera donc entre 75 et 175%, en fonction de votre prix d’achat. En un an, c’est… correct!

… et Alternext qui pleure

Juste à côté, à la « une » de chacun des deux journaux financiers, on rigole nettement moins. De Rouck Geomatics (Alternext – ALROU) était pourtant aussi entrée sur Alternext, un peu plus tôt, en juillet 2006. A € 9. On n’a plus échangé le moindre titre depuis le 20 mars, et encore: 250 à… 1,85.

Là aussi, communiqué. Mais pour annoncer que les résultats sont encore plus médiocres que la moins bonne prévision annoncée dans le dernier profit warning, il y a un mois. Ventes en recul de plus de 27%, perte nette à 3,4 millions. Et si ça ne suffisait pas, le Tijd titre son article sur les doutes du reviseur quant à la continuité de l’entreprise.

Bref, quand on fréquente la bourse en général, et les marchés non réglementés en particulier, il faut savoir choisir le bon cheval… ;-)

On fait actuellement grand cas, en France boursicoteuse, et notamment dans « Le Blog Finance« , de l’introduction sur Alternext d’une authentique société chinoise: China Corn Oil (ALCCO). Son nom l’indique, elle fabrique de l’huile de maïs. Et elle est entrée sur Alternext par le biais d’un placement privé de 5 millions, ce qui lui vaut d’y être admise par cotation directe, sans avoir à soumettre un prospectus d’émission à l’AMF.

Mais rassurez-vous, la société n’est pas avare d’informations sûrement sérieuses et très pertinentes sur la marche de ses affaires. On les trouve, bien évidemment, sur son site internet. Je reproduis ici à votre attention, dans son intégralité, le contenu de la section « Investor Center » de ce site, que j’ai visité ce jour, à 12 heures 22:

China Corn Oil sur Alternext Paris

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Comment? Qui a dit: « Mais c’est du chinois »? Un mauvais esprit à l’accent tibétain, je suppose?

Mais bon, allez: pour ceux que ça intéresse, voici l’Offering Circular. Non visée par l’AMF, je vous le rappelle.

Emakina (Alternext Bruxelles – ALEMK) a fait le pari d’entrer, dans les cinq ans, dans le Top 5 européen des agences interactives indépendantes. Le groupe a promis de publier ses résultats complets le 8 avril et tiendra son assemblée le 22. Il a cependant déjà fait savoir dans un communiqué que ses résultats 2007 sont « extrêmement positifs », avec un chiffre d’affaires consolidé de 17,4 millions (+106%), obtenu sur un périmètre élargi par ses quatre acquisitions du 1er semestre 2006 (2 en Belgique, 1 aux Pays-Bas et 1 en France).

Positive est en tout cas la constatation qu’à périmètre constant, les ventes sont en augmentation de 47% sur un marché qui n’aurait progressé que de 24. Cela ne se traduit toutefois encore que partiellement et en apparence seulement dans le résultat net: celui-ci progresse de 88%, mais il faut bien reconnaître que cette performance est flattée par l’activation de près de 0,5 million de pertes fiscales reportables d’une des filiales acquises en 2007.

C’est donc maintenant que commencent les choses sérieuses: il va falloir concrétiser l’effet relutif attendu des acquisitions, et donc relever le défi de l’intégration et de la création de synergies. En espérant aussi un peu de lumière sur le prix définitif de ces emplettes, celui qui reste à payer en actions nouvelles, avec la dilution qui en résultera, en fonction des résultats 2007 à 2009 de ces filiales.

Pour l’heure, Emakina capitalise quand même plus de 45 fois son résultat 2007. Depuis son entrée sur Alternext, en juillet 2006, le titre s’est envolé jusqu’à € 16 avant de revenir au niveau de son IPO. Il a terminé la semaine dernière à 8,61 et cotait mardi à 8,95 (+ 3,94%) sur un modeste volme de 198 titres échangés.

Avec Air Energy (Alternext – AIR) les mauvais jeux de mots sont faciles et viennent si spontanément sous la plume qu’il faut apprendre à les contrôler… Impossible toutefois de les éviter tout-à-fait quand on lit dans le communiqué publié vendredi soir, après la clôture, que la production des parcs éoliens en exploitation a surpassé les attentes, la vitesse du vent ayant été supérieure à la normale. Conclusion: les vents ont l’air favorables…

La société wavrienne qui développe et exploite des parcs d’éoliennes (elle est le principal intervenant en Wallonie) annonce donc des produits en hausse, sensiblement supérieurs aux prévisions (8,6 millions, + 155% par rapport à 2006) et un résultat net à l’unisson: 3,16 millions, + 202%. De 2004 à 2007, la société a ainsi connu, sur base annuelle, une croissance composée de 89% en chiffre d’affaires et de 154% en résultat net.

Et pour la suite? Jusqu’en 2012, le prospectus d’émission de mars dernier annonce une croissance en base annuelle de 33% environ, sur base d’un programme d’investissements ambitieux en capacités installées (voir le prospectus d’émission de mars 2007, téléchargeable ici).

Graphique quotidien Air Energy, 2007 - 2008Ces chiffres suggèrent sans doute une valorisation élevée pour une société du secteur utilities. Sur base des données 2007 et du cours de vendredi (20,50), Air Energy affiche un PER historique de 24 et une capitalisation boursière de 79,26 millions, soit un peu plus de neuf fois le chiffre d’affaires 2007.

Introduite en bourse en mars dernier, Air Energy y a vu son cours progresser de 24,8% en près d’un an, avec un plus haut à 21,99 le 4 septembre (voir le graphique de NYSE Euronext légendé par mes soins ci-dessus). Depuis peu après son introduction elle évolue dans un range entre 19 et 22, si l’on excepte le « trou d’air » de fin janvier, par sympathie avec le marché.

Nous sommes donc ici devant un cas relativement simple à comprendre: la réalisation des objectifs de l’entreprise semble essentiellement dépendre de son aptitude à développer ses capacités de production, et donc vraisemblablement à étendre son champ d’activités au-delà des frontières de la région wallonne: la croissance de son chiffre d’affaires et la progression de ses profits sont directement fonctions de la puissance installée et… de la vitesse du vent.

La niche de l’énergie « verte » est sans aucun doute dans le vent (oops, excusez-moi!) mais il est vrai aussi que les éoliennes sont de plus en plus critiquées par certains esthètes, adeptes du nimby (not in my backyard – pas dans mon jardin) et des recours devant le Conseil d’Etat. C’est un des « risques » qu’affronte Air Energy dans son parcours. Avec le niveau des taux d’intérêt et… la vitesse du vent.

Vous avez un avis là-dessus? Les commentaires sont ouverts…

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