Un lecteur qui se dit novice en bourse et s’intéresse à Meetic (Paris – MEET) – en tant qu’investissement je suppose, pas comme club de rencontre, matière pour laquelle je ne me sens pas du tout compétent! -, me demande via le formulaire de contact de ce blog si je trouve normal qu’une société dont les bénéfices progressent aussi bien ne distribue pas de dividende.

Cela dépend évidemment de la rentabilité qu’elle assure aux bénéfices qu’elle ne distribue pas. Ce qu’on ne peut mesurer qu’à plus ou moins long terme, par la progression des résultats rapportée à ces mêmes bénéfices. Pour s’en faire une idée, deux méthodes purement empiriques (et approximatives, je le concède, mais nous ne sommes pas des analystes!):

  1. Observer l’évolution du taux de rentabilité des fonds propres (résultat net / fonds propres, ou RN/FP). Si une tendance à la baisse en ressort, c’est pas bon!
  2. Comparer la hausse du bénéfice par action (en valeur absolue) sur 10 ans, par exemple, à la somme des bénéfices non distribués (sommes des bénéfices nets par action, moins le montant du dividende brut). Le pourcentage obtenu donne une idée de la rentabilité des bénéfices non distribués.

Avec Meetic, nous sommes en présence d’une société encore jeune (elle a été créée en 2001), qui a devant elle un ambitieux programme d’investissements. Il est a priori assez normal qu’elle y consacre la totalité de ses bénéfices au lieu de commencer à les partager, même très partiellement, avec ses actionnaires. Avec une chance d’en faire un meilleur usage, plus lucratif?

Les croissances du chiffre d’affaires et du résultat net sont fortes (60% environ, en annualisé sur trois ans, avec une marge à peu près stable en apparence), mais le taux de retour sur fonds propres (ROE), s’il progresse également d’année en année, me paraît encore inférieur à la rentabilité qu’on doit attendre de ces fonds (le « coût du capital »). La confirmation dépend donc de la capacité de la société à soutenir son rythme de croissance pour y arriver, sachant qu’elle doit maintenant consentir de lourds investissements, en marketing notamment, et alors même qu’elle est déjà leader dans son principal secteur d’activité. Ce qui ne lui laisse probablement plus beaucoup de marge de progression en termes de parts de marché et l’amène à tenter de diversifier ses sources de revenus (développement, notamment, d’un pôle « medias/édition »).

C’est peut-être ce contexte, avec le climat morose de la bourse, qui explique la désaffection actuelle des investisseurs: la majorité des analystes qui suivent Meetic sont à « acheter » ou « renforcer » mais le cours reste orienté à la baisse. A proximité immédiate de son plus bas historique (17,30, jeudi dernier), la société capitalise encore plus de 20 fois ses bénéfices 2007 et deux fois et demi son chiffre d’affaires.

Conclusions:

  1. Non, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’une société comme Meetic ne distribue pas de dividende, malgré ses bénéfices;
  2. Un investissement dans ce type de société est sensiblement plus risqué que la moyenne, en raison du manque de visibilité sur la rentabilité et sur la pertinence du business model.

Dans son numéro de cette semaine, l’hebdomadaire Investir consacre une analyse à quatre autres valeurs de l’économie numérique cotées à Paris (n°1787 du 5 avril, p.18).

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