Nous vivons à l’époque des rankings. Pour être lu, il faut classer, hiérarchiser. Denier exemple en date: Le Soir et De Standaard qui rééditent une expérience qu’ils avaient déjà tentée et ont entrepris de dresser le hit-parade des CEO’s du Bel 20.

S’il y en a que ça amuse, pourquoi pas? Mais la valeur de ces classements, pour l’actionnaire, me paraît largement sujette à caution… Les notes obtenues par chacun des 20 patrons sont basés sur des cotes subjectives établies par des jurys et par des critères « objectifs ». Disons plutôt: « chiffrés », car la pertinence desdits critères ne me paraît pas évidente, non plus d’ailleurs… qu’aux deux journaux eux-mêmes, qui prennent leurs distances avec certains d’entre eux.

Le bénéfice net par exemple. GBL obtient un zéro pointé car son résultat net s’est « effondré » de 73% en 2007. Pour la bonne et simple raison que la cuvée 2006 avait été flattée par un produit tout-à-fait exceptionnel, la vente de Bertelsmann. Dans l’autre sens, Omega Pharma obtient un 10/10 pour une progression essentiellement réalisée sur un profit exceptionnel en 2007.

Et le cours de bourse? On prend ici en compte la performance de l’action comparée à celle de son indice de référence, sur la seule année écoulée toujours. On vous dira après ça que la pertinence d’un investissement en bourse s’apprécie sur la durée et qu’il est quand même malheureux que, sous la pression de ces maudits fonds anglo-saxons, le marcéh ne se préoccupe plus que ds évolutions à court terme… Allez comprendre!
Une seule conclusion possible: ces classements n’ont aucun intérêt. Et c’est dommage car des mesures beaucoup plus performantes et significatives sont parfaitement envisageables et couramment utilisées, aux Etats-Unis par exemple. Tenez, tout simple: quelle est l’évolution, sur cinq ou dix ans, des fonds propres par action? Ou: comment évolue la rentabilité de ceux-ci?

Aux Etats-Unis toujours, une multitude de sources gratuitement accessibles vous permet d’opérer un screening de l’ensemble des sociétés cotées, selon les critères que vous aurez définis. Ici, on ne dispose même pas d’outils semblables sur le Bel 20…

Quelqu’un sait-il ce qui s’est dit lundi à l’assemblée générale de Propharex (Marché Libre – PROP)? Je ne vois rien nulle part. Les commentaires sont ouverts…

Peu après le billet que je lui ai consacré ici même, Val Saint Lambert International (Marché Libre – VSLI) a publié un communiqué qu’on ne retrouve comme d’habitude pas sur son site et qui ne lui a valu que quelques lignes distraites dans L’Echo, mais que FreeMarket.be, le « club du Marché Libre » animé par Bernard Ruzziconi (Small Caps Finance) a opportunément publié dans son intégralité.

Non pas qu’il soit très éclairant. Mais il est par contre parfaitement illustratif de ce que peut être une communication déficiente.

Avec d’abord une mise en évidence de ce à quoi on pouvait s’attendre: « L’exercice n’a pas répondu aux attentes » et la société « continue de poursuivre son objectif de s’adosser à un partenaire commercial, financier et/ou industriel« . Plus loin: « A ce stade, aucune voie n’a été privilégiée de façon définitive et nous sommes toujours dans une phase confidentielle« . Rideau.

On peut , on doit certes comprendre que la direction du Val ne souhaite pas négocier sur la place publique. Mais elle pourrait quand même être plus explicite sur sa situation et faire preuve d’un minimum de respect pour ses actionnaires en leur communiquant une image correcte de sa situation, ne serait-ce qu’une fois par an.

Au lieu de quoi on trouve seulement plus loin un résumé du bilan de la holding, affichant une perte presque anecdotique de € 33.000 au regard de fonds propres apparemment confortables, et une mention d’un chiffre d’affaires à € 605.000 (dans le prospectus d’émission de 2005 il était annoncé, pour 2007, à un peu plus de 10 millions…) Mais il doit s’agir ici de chiffres non consolidés: en octobre, le Val annonçait qu’il avait déjà réalisé un CA de 3,3 millions et qu’il en attendait 1,4 au dernier trimestre.

On mélange ainsi sans cesse les pommes et les poires, le consolidé et le non-consolidé, au point que la plus perspicace des chattes n’y retrouverait certainement pas ses chers petits. Alors, un investisseur moyen comme vous et moi, vous pensez…

Un compte de résultats? Pas même un aperçu. Pour en savoir plus, il faudra sans doute attendre l’assemblée générale du deuxième mardi de mai,  ou la publication des comptes par la Centrale des Bilans de la Banque Nationale, si l’événement annuel passe aussi inaperçu que de coutume, et si  Fabian Lacasse n’a pas le temps d’y assister en vue d’en rendre compte dans son journal.

Non anecdotique par contre est la « remarque explicative » du reviseur que vous lirez à la fin du communiqué et qui fait référence à la justification par l’organe de gestion de « l’application des règles d’évaluation appropriées aux perspectives de continuité sur base du plan stratégique pour relancer l’activité de la société et accroître la rentabilité de sa filiale, la Cristallerie du Val Saint Lambert« .

Traduction? Euh… J’ai quand même toujours un petit frisson désagréable quand je lis ce genre de remarque sous la plume d’un reviseur.  Surtout quand elle n’est pas accompagnée dudit rapport de gestion et de sa justification des évaluations.

Le résumé du bilan de VSLI fait état d’immobilisations financières (valorisation de la filiale), de stocks et commandes en cours pléthoriques au regard du chiffre d’affaires et de créances commerciales importantes. Faut-il se demander si tous ces actifs valent bien leur comptabilisation au bilan? Je n’en sais rien. Et c’est là qu’une communication lacunaire est potentiellement nuisible, parce que soulevant inévitablement plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Bornons-nous ici à constater ce que tout le monde peut voir: à considérer ce bilan résumé, VSLI dispose de 7,7 millions d’actif net. Et à son cours actuel, elle est valorisée par le marché à 4,6 millions. Soit une déjà coquette « décote de holding » de plus de 40%.

N’hésitez pas à intervenir en commentaires si vous avez des informations fiables qui pourraient être utiles aux actionnaires.

C’est par le blog de l’Awex-OFI, Invest in Wallonia, que j’apprends que c’est le 9 mai que sera inauguré le chateau du Val Saint Lambert restauré, après l’incendie de mars 2006. Derrière l’événement, il y a la société Immoval qui poursuit son projet de Cristal Park, un pôle touristique centré sur le chateau et sur la cristallerie bien connue.

La cristallerie? C’est pas coté en bourse, ça? Sur le Marché Libre? Justement. Et ça ne va pas trop bien. Le management a confié à la Banque Degroof, à l’automne dernier, la mission de lui trouver des partenaires. Et Immoval s’est mis sur les rangs. Mais les discussions ont l’air de patiner et, si j’en crois ce que semble en dire entre ses lignes l’article du Soir, le soupirant a l’air de trouver le temps long, ne pouvant ou ne voulant peaufiner son projet « avant d’être assuré de la pérennité de la cristallerie ».

La pérennité? Diable… C’est d’elle déjà que parlait un premier article du quotidien bruxellois, en octobre de l’année dernière. Si vous êtes comme moi, vous vous dites sans doute que tout cela mériterait bien quelques explications de la société à ses actionnaires.

Bernique… Le dernier communiqué de VSLI accessible aux investisseurs sur le site d’Euronext date déjà du 25 juillet 2007. Il prévoyait, sur base du carnet de commandes, un résultat d’exploitation « positif ». Mais en octobre le cours de bourse établissait un plancher absolu à € 2,68, au moment où Le Soir s’interrogeait sur la « pérennité » de l’entreprise.

Ce qu’il en est et ce qui va se passer maintenant, je n’en sais fichtre rien, pas plus que des enjeux. Et c’est quand même un problème, je pense: traité avec un tel mépris, l’actionnaire lambda a-t-il d’autre ressource que de prendre ses jambes à son cou en maudissant ceux qui l’ont attiré là? Un petit rappel quand même, pour ceux qui l’auraient oublié: l’assemblée générale ordinaire a lieu le deuxième mardi de mai. C’est tout bientôt, ça…

P.S.: Je ne vous propose pas le lien vers le site de la société: on n’y aperçoit même pas qu’elle est cotée en bourse.

Un lecteur qui se dit novice en bourse et s’intéresse à Meetic (Paris – MEET) – en tant qu’investissement je suppose, pas comme club de rencontre, matière pour laquelle je ne me sens pas du tout compétent! -, me demande via le formulaire de contact de ce blog si je trouve normal qu’une société dont les bénéfices progressent aussi bien ne distribue pas de dividende.

Cela dépend évidemment de la rentabilité qu’elle assure aux bénéfices qu’elle ne distribue pas. Ce qu’on ne peut mesurer qu’à plus ou moins long terme, par la progression des résultats rapportée à ces mêmes bénéfices. Pour s’en faire une idée, deux méthodes purement empiriques (et approximatives, je le concède, mais nous ne sommes pas des analystes!):

  1. Observer l’évolution du taux de rentabilité des fonds propres (résultat net / fonds propres, ou RN/FP). Si une tendance à la baisse en ressort, c’est pas bon!
  2. Comparer la hausse du bénéfice par action (en valeur absolue) sur 10 ans, par exemple, à la somme des bénéfices non distribués (sommes des bénéfices nets par action, moins le montant du dividende brut). Le pourcentage obtenu donne une idée de la rentabilité des bénéfices non distribués.

Avec Meetic, nous sommes en présence d’une société encore jeune (elle a été créée en 2001), qui a devant elle un ambitieux programme d’investissements. Il est a priori assez normal qu’elle y consacre la totalité de ses bénéfices au lieu de commencer à les partager, même très partiellement, avec ses actionnaires. Avec une chance d’en faire un meilleur usage, plus lucratif?

Les croissances du chiffre d’affaires et du résultat net sont fortes (60% environ, en annualisé sur trois ans, avec une marge à peu près stable en apparence), mais le taux de retour sur fonds propres (ROE), s’il progresse également d’année en année, me paraît encore inférieur à la rentabilité qu’on doit attendre de ces fonds (le « coût du capital »). La confirmation dépend donc de la capacité de la société à soutenir son rythme de croissance pour y arriver, sachant qu’elle doit maintenant consentir de lourds investissements, en marketing notamment, et alors même qu’elle est déjà leader dans son principal secteur d’activité. Ce qui ne lui laisse probablement plus beaucoup de marge de progression en termes de parts de marché et l’amène à tenter de diversifier ses sources de revenus (développement, notamment, d’un pôle « medias/édition »).

C’est peut-être ce contexte, avec le climat morose de la bourse, qui explique la désaffection actuelle des investisseurs: la majorité des analystes qui suivent Meetic sont à « acheter » ou « renforcer » mais le cours reste orienté à la baisse. A proximité immédiate de son plus bas historique (17,30, jeudi dernier), la société capitalise encore plus de 20 fois ses bénéfices 2007 et deux fois et demi son chiffre d’affaires.

Conclusions:

  1. Non, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’une société comme Meetic ne distribue pas de dividende, malgré ses bénéfices;
  2. Un investissement dans ce type de société est sensiblement plus risqué que la moyenne, en raison du manque de visibilité sur la rentabilité et sur la pertinence du business model.

Dans son numéro de cette semaine, l’hebdomadaire Investir consacre une analyse à quatre autres valeurs de l’économie numérique cotées à Paris (n°1787 du 5 avril, p.18).

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