Il y a un article amusant mais trompeur, dans L’Echo de ce samedi matin: on y explique que les gestionnaires de quelques holdings belges sont plus forts que Warren Buffett en comparant l’évolution des cours de bourse de ces sociétés à portefeuille avec celle de Berkshire Hathaway (BRK-A).

Et c’est là que le bât blesse car on compare ainsi des pommes et des poires. Loin de moi l’idée de soutenir que les Frère, Samyn et autres Van der Mersch ne sont pas de grands gestionnaires, bien au contraire. Mais dire que les uns « surperforment » l’autre a aussi peu de sens que de tenter de savoir qui, de Johan Cruyff ou d’Alfredo Di Stefano est le meilleur footballeur, ou d’essayer de prouver que Schumacher est un meilleur pilote que Fangio.

Sur la méthode, rappelons d’abord que, comme critère, Buffett se méfie comme de la peste des erratiques cours de bourse. Sa performance, il l’évalue sur base de l’évolution des fonds propres par action. Berkshire Hatthaway: +21% par an de 1965 à 2008. Pour la CNP, Bois Sauvage, Brederode ou AvH, je ne sais pas, je dois faire des recherches. L’Echo non plus ne semble pas le savoir: il n’en parle pas.

Et puis, il y a les périodes de référence. Cela fait des années que Buffett explique qu’avec une base de calcul devenue aussi large (les fonds propres de BH s’élèvent aujourd’hui à 121 milliards de dollars, à peu près 8 fois ceux de la CNP), il devient sans cesse plus difficile de maintenir le ROE aux niveaux du début. Cela tombe sous le sens.

Il y a ainsi fort à parier que même sur base de l’évolution des fonds propres, un clone de Warren qui entamerait sa carrière aujourd’hui, ferait sans trop de peine beaucoup mieux que son modèle ne peut le faire aujourd’hui à la tête de son mammouth.

Toutes raisons pour lesquelles l’admirateur inconditionnel de Warren Buffett que je suis n’a pas d’actions Berkshire en portefeuille (ce seraient des « B », car les « A » sont trop chères…). Il est effectivement trop tard pour faire fortune avec Warren, L’Echo a raison sur ce point. The party is over, c’est lui-même qui le dit.

Par le seul effet de son dividende, une action belge « moyenne » offre aujourd’hui à peu près le même rendement qu’un emprunt d’Etat à long terme. Un rendement supérieur même, si l’on se réfère aux prévisions des analystes pour le coupon de l’année prochaine. Et il ne s’agit pas d’une exception nationale: un peu partout en Europe, les bourses sont très faiblement valorisées. Amsterdam offre des rendements de plus de 4% aussi, Paris, Francfort ou Madrid ont des rapports cours/bénéfice moyens inférieurs à 12.

Le moment d’acheter?

Ce n’est pas si simple. La quasi-parité actuelle entre les rendements directs des placements à risque et sans risque ne durera pas éternellement, c’est sûr. Mais elle ne disparaîtra pas forcément, à court terme, par la seule hausse des cours des actions. Les bénéfices des entreprises peuvent aussi stagner ou se contracter (il semble que les Etats-Unis soient officiellement entrés en récession); les taux à long terme peuvent également grimper (l’inflation est en hausse).

Ces deux effets peuvent même se combiner pour produire la « stagflation », mélange explosif de stagnation et de montée des prix.

Et puis, surtout, la bourse n’est jamais qu’un organe dans un système, le système financier mondial. Et le système financier mondial est gravement malade, atteint par un virus américain qui provoque maintenant une espèce de septicémie affectant tout l’organisme.

Ce qui est en train de se passer ressemble au fond à ce qui pourrait arriver dans un barbecue en salle (je sais: c’est absurde, mais les financiers sont parfois absurdes). Les joueurs les plus prudents s’en sont allés les premiers, quand la température a commencé à monter et la fumée à s’épaissir, mais les gourmands sont restés. Maintenant que le plafond a pris feu, ils veulent sortir, tous ensemble et dans l’urgence. C’est la panique et l’on s’écrase: les portes ne sont pas assez larges pour laisser sortir tout le monde, il y a des brûlures et des asphyxies…

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Berkshire Hathaway Inc. a publié vendredi son rapport annuel 2007 mais ce qui retient surtout l’attention, comme d’habitude, c’est la lettre aux actionnaires de son président, Warren Buffet, l’oracle d’Omaha. Vous pouvez la télécharger ici, et/ou lire ce qu’en disent:

Au nombre des citations à retenir cette année, en voici une que j’ai relevée sur les attentes permises à l’investisseur au XXIe siècle:

During the 20th Century, the Dow advanced from 66 to 11,497. This gain, though it appears huge, shrinks to 5.3% when compounded annually …. For investors to merely match that 5.3% market-value gain, the Dow – recently below 13,000 – would need to close at about 2,000,000 on December 31, 2099.

I should mention that people who expect to earn 10% annually from equities during this century – envisioning that 2% of that will come from dividends and 8% from price appreciation – are implicitly forecasting a level of about 24,000,000 on the Dow by 2100. If your adviser talks to you about double-digit returns from equities, explain this math to him – not that it will faze him. Many helpers are apparently direct descendants of the queen in Alice in Wonderland, who said: “Why, sometimes I’ve believed as many as six impossible things before breakfast.” Beware the glib helper who fills your head with fantasies while he fills his pockets with fees.

« The Party is Over »

Mais le plus marquant, comme je l’ai déjà souligné sur mon blog personnel, restera sans doute cette annonce que la fête est finie (« The Party is Over« ). De 1965 à aujourd’hui, Berkshire Hathaway a connu une croissance de plus de 21% par an de ses fonds propres par action. Buffet (77 ans) ne croit pas que ce rythme puisse être tenu par ses successeurs (il y aurait trois candidats, paraît-il). Les actifs et les bénéfices de la société sont devenus trop importants pour une croissance hors-norme, estime-t-il.

On peut compléter ces bonnes lectures avec ce récent article du F.T., qui offre en prime quelques références récentes (toutes en anglais, of course) sur les mérites de l’investissement dans la valeur (value investing).

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