L'affiche du Woodstock capitaliste, l'assemblée générale de la société de Warren BuffettLe Nebraska, au centre des Etats-Unis, c’est à peu près sept fois la Belgique, en superficie. Et cinq fois moins d’habitants. Capitale: Lincoln. Ville principale: Omaha, avec une population à peu près équivalente à la moitié de celle de Bruxelles, Belgique. Et pourtant, ce week-end, c’est the place to be pour un pélerinage. Il s’y tient le Woodstock des capitalistes, l’assemblée générale annuelle de Berkshire Hatthaway, la mythique entreprise du non moins mythique Warren Buffett, devenu l’homme le plus riche du monde par la seule force de ses neurones…

L’affichette (non-officielle) ci-dessus, est un clin d’oeil de CNBC qui, cette année, met le paquet sur l’événement,et lui consacre toute une partie de son site, sous le titre: « Warren Buffett Watch« . A 77 ans, Warren se voit réserver un traitement de rockstar. Ce n’est pas tout-à-fait immérité: le clou de l’assemblée, c’est un gigantesque Q&A de cinq à six heures pendant lequel Warren répond aux questions de ses actionnaires, venus là par milliers. Vous imaginez ça chez Fortis, ou même chez GBL?

L’article le plus intéressant que j’aie lu ces jours-ci me paraît cependant être celui de Jonathan Stempel, de Reuters. Mais le Net regorge d’infos sur le Sage d’Omaha. La plus précieuse selon moi: les « lettres » qui inaugurent chaque année le rapport annuel, et qui sont toutes disponibles ici. Je vous assure que leur lecture n’est pas seulement instructive. Elle est aussi amusante.

Car ce milliardaire de gauche – il s’apprête à annoncer son vote aux présidentielles, mais tout le monde sait déjà que ce sera ou Obama, ou Clinton – qui a des airs de bon-papa gâteau a de l’humour à revendre… Moi, j’aime bien!

La moisson de la semaine:

  • More information, please… – Le mal ne sévit pas seulement chez nous: ce blog de communicant dénonce les chaînes de distribution US qui cessent de publier leurs ventes mensuelles parce que la récession se pointe…
  • Pourquoi votre site est médiocre. – Encore de la com’: Investor Relations Blog propose aux sociétés cotées une petite check-list pour tester les pages « IR » de leur site web.
  • Que ferait Warren? – Une petite blogographie concernant Warren Buffett. Quelques références intéressantes.
  • Trackers obligataires. – Introduction à un sujet important, que j’aborderai un de ces jours: les trackers obligataires, ou la façon simple de gérer la partie sans (trop de) risques de votre portefeuille. Ici, c’est à propos des Etats-Unis, mais c’est largement transposable en Europe.
  • Produits dérivés. – Café de la Bourse m’apprend que Warren Buffett, très critique sur l’abus des produits dérivés, avait lui-même émis des options put à très long terme sur le S&P500. Je suis bien convaincu que la façon la plus sûre de gagner de l’argent sur ce type de marché est de prendre la place du banquier en émettant des options (vente opening) au lieu d’en acheter. Et c’est à la portée de tout le monde. J’y reviendrai aussi.

Et une petite citation encourageante d’un autre investisseur de référence, pour finir:

Vingt ans de métier m’ont convaincu que toute personne normale utilisant trois pour cent des capacités de son cerveau pouvait choisir des actions aussi bien, si ce n’est mieux qu’un expert de Wall Street.

Peter Lynch.

Il y a un article amusant mais trompeur, dans L’Echo de ce samedi matin: on y explique que les gestionnaires de quelques holdings belges sont plus forts que Warren Buffett en comparant l’évolution des cours de bourse de ces sociétés à portefeuille avec celle de Berkshire Hathaway (BRK-A).

Et c’est là que le bât blesse car on compare ainsi des pommes et des poires. Loin de moi l’idée de soutenir que les Frère, Samyn et autres Van der Mersch ne sont pas de grands gestionnaires, bien au contraire. Mais dire que les uns « surperforment » l’autre a aussi peu de sens que de tenter de savoir qui, de Johan Cruyff ou d’Alfredo Di Stefano est le meilleur footballeur, ou d’essayer de prouver que Schumacher est un meilleur pilote que Fangio.

Sur la méthode, rappelons d’abord que, comme critère, Buffett se méfie comme de la peste des erratiques cours de bourse. Sa performance, il l’évalue sur base de l’évolution des fonds propres par action. Berkshire Hatthaway: +21% par an de 1965 à 2008. Pour la CNP, Bois Sauvage, Brederode ou AvH, je ne sais pas, je dois faire des recherches. L’Echo non plus ne semble pas le savoir: il n’en parle pas.

Et puis, il y a les périodes de référence. Cela fait des années que Buffett explique qu’avec une base de calcul devenue aussi large (les fonds propres de BH s’élèvent aujourd’hui à 121 milliards de dollars, à peu près 8 fois ceux de la CNP), il devient sans cesse plus difficile de maintenir le ROE aux niveaux du début. Cela tombe sous le sens.

Il y a ainsi fort à parier que même sur base de l’évolution des fonds propres, un clone de Warren qui entamerait sa carrière aujourd’hui, ferait sans trop de peine beaucoup mieux que son modèle ne peut le faire aujourd’hui à la tête de son mammouth.

Toutes raisons pour lesquelles l’admirateur inconditionnel de Warren Buffett que je suis n’a pas d’actions Berkshire en portefeuille (ce seraient des « B », car les « A » sont trop chères…). Il est effectivement trop tard pour faire fortune avec Warren, L’Echo a raison sur ce point. The party is over, c’est lui-même qui le dit.

Tenez- vous vraiment à enrichir votre banquier? Confiez lui donc la gestion de vos économies… C’est, au fond, la leçon à tirer de cette originale chronique de John Kay, dans le Financial Times d’hier.

La démonstration repose sur un calcul astucieux, opéré à partir de la fortune de Warren Buffet, n°1 au hit-parade établi par Forbes. A la différence des banquiers et des gestionnaires de fortune, Buffet l’a construite en investissant lui-même plutôt qu’en gérant les économies de ses clients. Et en 42 ans, la valeur d’une action Berkshire Hatthaway a été multipliée par… 4.500.

Supposez maintenant, écrit John Kay, qu’au lieu d’investir lui-même dans son entreprise, le sage d’Omaha se soit comporté en investment manager et se soit contenté de percevoir une commission annuelle de 2 % sur le capital et de 20% sur la performance. Et bien, le gestionnaire aurait perçu onze fois plus d’argent en commissions que vous en plus-value de votre investissement!

Avec une performance égale à celle de l’indice du marché (10%), le rapport est encore de 4,5 à 1 en faveur du gestionnaire. Qui même s’il n’avait réalisé qu’un très médiocre 5%, se serait encore mis 2,5 fois plus dans la poche que son client…

Moralité (si j’ose dire):

« Over a sufficiently long time horizon, your investment manager will become richer than you« .

Je ne crois pas qu’il faille hésiter à gérer soi-même ses économies…

Berkshire Hathaway Inc. a publié vendredi son rapport annuel 2007 mais ce qui retient surtout l’attention, comme d’habitude, c’est la lettre aux actionnaires de son président, Warren Buffet, l’oracle d’Omaha. Vous pouvez la télécharger ici, et/ou lire ce qu’en disent:

Au nombre des citations à retenir cette année, en voici une que j’ai relevée sur les attentes permises à l’investisseur au XXIe siècle:

During the 20th Century, the Dow advanced from 66 to 11,497. This gain, though it appears huge, shrinks to 5.3% when compounded annually …. For investors to merely match that 5.3% market-value gain, the Dow – recently below 13,000 – would need to close at about 2,000,000 on December 31, 2099.

I should mention that people who expect to earn 10% annually from equities during this century – envisioning that 2% of that will come from dividends and 8% from price appreciation – are implicitly forecasting a level of about 24,000,000 on the Dow by 2100. If your adviser talks to you about double-digit returns from equities, explain this math to him – not that it will faze him. Many helpers are apparently direct descendants of the queen in Alice in Wonderland, who said: “Why, sometimes I’ve believed as many as six impossible things before breakfast.” Beware the glib helper who fills your head with fantasies while he fills his pockets with fees.

« The Party is Over »

Mais le plus marquant, comme je l’ai déjà souligné sur mon blog personnel, restera sans doute cette annonce que la fête est finie (« The Party is Over« ). De 1965 à aujourd’hui, Berkshire Hathaway a connu une croissance de plus de 21% par an de ses fonds propres par action. Buffet (77 ans) ne croit pas que ce rythme puisse être tenu par ses successeurs (il y aurait trois candidats, paraît-il). Les actifs et les bénéfices de la société sont devenus trop importants pour une croissance hors-norme, estime-t-il.

On peut compléter ces bonnes lectures avec ce récent article du F.T., qui offre en prime quelques références récentes (toutes en anglais, of course) sur les mérites de l’investissement dans la valeur (value investing).

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